Définition et éléments théoriques

Le racisme est un phénomène complexe, qui peut et a pu prendre des formes différentes selon les périodes et les contextes (historiques, géographiques et culturels notamment).

Il n’existe pas de définition unique et universelle du racisme sur laquelle tout le monde s’accorde.

Parler du racisme et produire un savoir à son sujet représente un enjeu fondamental mais qui fait encore l’objet de nombreux débats, y compris dans les milieux académiques, institutionnels ou dans les mouvements sociaux. Les débats soulèvent de nombreux questionnements sur la manière de définir, de mesurer, d’analyser, de comprendre et de lutter contre le racisme et ses effets.

« Le racisme est un système social qui repose sur deux notions principales : la différence et le pouvoir. Il suppose que certains groupes sont fondamentalement (voire naturellement) différents des autres, et s’appuie sur cette différence pour justifier une hiérarchisation et des inégalités. Le racisme classe, exclut et discrimine sur la base de critères tels que :

  • l’origine,
  • la couleur de peau,
  • la religion
  • ou la culture.

Il se manifeste à travers des comportements, discours ou pratiques, qui peuvent être intentionnels, mais aussi intériorisés ou perpétués de manière inconsciente. »

Penser le racisme, c’est comprendre qu’il s’agit d’un mécanisme social et politique qui transforme des différences perçues en hiérarchies.

La distinction entre groupes ne vient pas de caractéristiques objectives, mais du traitement différencié que la société leur réserve. Ainsi, un groupe traité comme « Autre » finit par être perçu comme fondamentalement différent, donnant l’illusion d’une différence « naturelle ». La notion de « race » renvoie donc moins à des traits biologiques qu’à des rapports sociaux inégalitaires, qui peuvent s’appuyer sur la couleur de peau, la religion, la culture ou encore d’autres critères.

Au sein d’une société, le racisme peut se manifester à différents niveaux :

  1. Au niveau interpersonnel, il se traduit par des paroles, des comportements ou des actes discriminatoires entre individu·e·s.
  2. Au niveau institutionnel ou structurel, il se matérialise lorsque des lois, règles ou pratiques sociales, économiques, politiques ou juridiques adoptées par des institutions ou l’État défavorisent certains groupes et contribuent à créer et maintenir des inégalités sur le long terme.
Le racisme constitue une violation du droit fondamental à l’égalité de tous les êtres humains et doit être combattu de manière systématique.

Chaque personne a droit au respect, indépendamment de son apparence physique, de sa religion, de sa culture ou de sa nationalité. En Suisse, le racisme est explicitement réprimé par la loi. Depuis 1994, l’article 261 bis du Code pénal prévoit des sanctions contre les actes et discours racistes.

Histoire du racisme

Le racisme s’enracine dans une histoire longue façonnée par des pratiques culturelles, sociales et est profondément lié aux rapports de pouvoir et de domination qui structurent les sociétés.

Son histoire montre que le racisme est capable de s’institutionnaliser et de légitimer des pratiques discriminatoires à grande échelle et sur le temps long.

La mémoire historique relative à certaines périodes et épisodes, à la fois emblématiques et très violents, est importante pour saisir les effets et la dynamique du racisme au fil du temps.

  • Dès le XVIᵉ siècle, l’esclavage des populations africaines et indigènes a été encadré par des lois qui ont établi une hiérarchie raciale officielle. Ces règles ont présenté certains groupes comme naturellement inférieurs et ont justifié leur exploitation. La traite transatlantique a ainsi entraîné la déportation forcée de millions d’Africain·e·s vers les colonies américaines. Après l’abolition de l’esclavage, le racisme a persisté à travers des lois discriminatoires, comme la ségrégation raciale aux États-Unis, maintenue jusque dans les années 1960.
  • Au XXᵉ siècle, l’Allemagne nazie a montré jusqu’où un racisme d’État peut mener. En imposant une idéologie raciale, le régime hitlérien a organisé l’extermination de millions de personnes, notamment des Juif·ve·s, des Roms et des personnes handicapées.
  • Au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, de nombreux Irlandais·e·s et Italien·ne·s ont immigré aux États-Unis pour fuir la pauvreté et trouver du travail. À leur arrivée, ils·elles étaient discriminé·e·s et n’étaient pas considéré·e·s comme « blanc·he·s ». Pour s’intégrer et améliorer leur situation, ils·elles ont progressivement adopté les comportements des Blanc·he·s dominant·e·s sur place, y compris des attitudes racistes envers les Afro-Américain·e·s. Avec le temps, ils·elles ont été reconnu·e·s comme « blanc·he·s » et ont eu accès aux privilèges associés. L’histoire de cette immigration illustre comment la « blancheur », de la même manière que la condition noire, est une construction sociale liée au racisme et aux rapports de pouvoir.

Ces exemples historiques montrent que le racisme ne se limite pas à des attitudes individuelles.

Il se construit et se maintient à travers des lois, des institutions et des rapports de pouvoir.

Lorsqu’il s’inscrit durablement dans les structures sociales, il produit des inégalités profondes qui se transmettent de génération en génération.

La fin des « races »

Avant la colonisation européenne des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, les différences entre individus étaient essentiellement interprétées comme culturelles ou sociales, reposant sur des critères tels que les vêtements, les coutumes ou le climat.

Avec la colonisation et l’augmentation des migrations, ces différences ont peu à peu été présentées comme naturelles et biologiques, ce qui a servi à construire des hiérarchies dites « raciales ».

Ce passage d’une différenciation sociale à une différenciation soi-disant naturelle constitue un moment fondamental dans l’élaboration des idées racistes.

Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, des philosophes et savants ont théorisé des classifications humaines en grandes « races » fondées sur des caractéristiques physiques, et en particulier sur la couleur de peau.

Ce n’est que tardivement, aux sorties de la Seconde Guerre mondiale (et de la prise de conscience collective à l’égard des crimes nazis et de l’ampleur du génocide de l’Holocauste), et plus encore par suite de la découverte de l’ADN (1953) qui confirme que tous les êtres humains partagent le même patrimoine génétique, que la théorie de l’existence de « races » naturellement distinctes s’est vue définitivement invalidée et attribuée à une idéologie raciste.

Le racisme n’a pas pour autant disparu avec la reconnaissance scientifique de l’unité de l’espèce humaine.

C’est pourquoi on parle parfois aujourd’hui d’un « racisme sans races » dans la mesure où le racisme peut toujours se manifester sans toutefois s’appuyer explicitement sur une classification biologique des individus.

Effectivement, le racisme s’inscrit dans des processus et structures sociales, économiques ou institutionnelles qui produisent des inégalités et hiérarchisent les groupes sur la base de caractéristiques perçues comme naturelles, telles que la couleur de peau, la religion ou la culture.

Le concept de « race » conserve néanmoins une utilité dans le cadre des sciences humaines et sociales. Plutôt que de désigner des propriétés biologiques, il permet d’analyser les processus de racialisation : c’est-à-dire la manière dont les sociétés construisent, maintiennent et reproduisent des distinctions hiérarchiques entre groupes.

En mobilisant ce concept de manière critique, les chercheur·e·s peuvent étudier la persistance des discriminations, des stéréotypes et des inégalités, tout en montrant que ces différences, souvent présentées comme naturelles, sont en réalité socialement et historiquement produites et reproduites.

Ainsi, le concept de « race », réfuté en tant que théorie ou catégorie scientifique, peut encore servir en tant qu’outil analytique pour comprendre le racisme et ses effets.

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