L’impact de cette période n’a pas complètement disparu
14 septembre 2026
Question (Femme / 2005)
Elle était en couple et, lorsqu’elle me parlait de sa relation, elle me racontait presque uniquement les problèmes, les disputes et les aspects négatifs. Même lorsqu’ils se réconciliaient et que les choses allaient mieux, je n’en savais généralement rien. Je restais donc avec l’image des problèmes qu’elle m’avait racontés.
Il y avait également une troisième amie que nous avions en commun. Elle était beaucoup plus proche d’elle que de moi et, personnellement, je n’avais qu’une relation assez limitée avec cette personne. Mon amie me disait parfois qu’elles étaient en conflit, qu’elles ne se parlaient plus, et il lui arrivait même de parler négativement d’elle. Pourtant, je découvrais ensuite qu’elles étaient toujours en contact. Une fois, lorsque je me suis moi-même plainte de cette troisième personne auprès de mon amie, elle est allée lui répéter ce que j’avais dit.
Il y avait aussi toute la question du mauvais œil et de la jalousie. Je ne la jalousais pas et je ne lui souhaitais aucun mal. Pourtant, à force qu’elle associe certaines choses au mauvais œil, j’ai commencé à avoir peur lorsqu’elle me racontait quelque chose de positif. Je me demandais : « Et s’il lui arrivait quelque chose et qu’elle pensait ensuite que cela venait de moi ? » Cette situation a fini par créer chez moi beaucoup de peur, de culpabilité et de doute, alors qu’au fond de moi, je savais que je ne lui souhaitais que du bien.
Les choses ont davantage changé lorsque je suis entrée dans une relation stable et que des événements positifs ont commencé à se produire dans ma vie. J’ai eu l’impression qu’elle voulait connaître énormément de détails et qu’elle cherchait à vérifier ce que je lui racontais. Elle regardait le compte de mon compagnon, puis revenait me poser des questions sur ce qu’elle avait vu. J’ai même découvert qu’elle utilisait un faux compte pour suivre certaines choses auxquelles elle n’avait normalement pas accès.
De mon côté, je suis quelqu’un de discret. Je ne parle pas de toutes les parties intimes de ma vie, même avec mes proches. Je ne lui racontais donc pas tous les problèmes de mon couple. À un moment, j’ai également choisi de lui cacher certaines stories.
Je reconnais que, de son point de vue, elle a pu ressentir cela comme une prise de distance ou penser que je lui cachais des choses. Elle m’a d’ailleurs dit un jour qu’elle avait changé avec moi à cause de certains de mes comportements. Cette phrase est restée dans ma tête et a créé beaucoup de doute en moi. Aujourd’hui encore, mon cerveau revient parfois dessus et essaie de me convaincre qu’elle était peut-être une bonne amie au départ et que c’est moi, par mes actes, qui l’ai poussée à changer.
Mais parallèlement, j’avais progressivement cessé de me sentir libre dans cette amitié. Je n’avais plus l’impression de lui raconter ma vie simplement parce que j’en avais envie. J’avais parfois l’impression que je devais lui raconter certaines choses, car si je ne le faisais pas, son comportement envers moi changeait et certaines remarques apparaissaient.
De son côté, elle partageait de moins en moins sa propre vie avec moi. J’avais donc l’impression que la relation devenait déséquilibrée : elle cherchait à obtenir beaucoup d’informations sur ma vie, tandis que je savais de moins en moins de choses sur la sienne.
J’ai également découvert qu’elle avait raconté à cette troisième amie des éléments personnels que je lui avais confiés. Cela m’a particulièrement dérangée parce que j’avais choisi de raconter ces choses à elle, pas à cette autre personne.
Puis il y a eu mes fiançailles. Je lui avais annoncé environ deux mois auparavant qu’elles allaient avoir lieu. Après cela, j’ai ressenti davantage de tension dans nos échanges. Elle me posait des questions comme : « Quand est-ce que tout cela s’est passé ? », « Depuis quand vous le saviez ? », etc. Certaines remarques me faisaient même remettre en question mes propres décisions et me demander si j’avais fait les choses trop rapidement.
Elle a ensuite annoncé mes fiançailles à certains de mes amis avant que je ne le fasse moi-même, notamment à des personnes auxquelles j’avais volontairement choisi de ne pas encore annoncer la nouvelle. Pour moi, c’était une information qui m’appartenait et je voulais pouvoir choisir à qui l’annoncer, quand et de quelle manière.
Lorsque notre conflit s’est aggravé, elle m’a reproché de ne pas l’avoir invitée et m’a notamment demandé si j’avais peur qu’elle me jalouse ou qu’elle me porte le mauvais œil. Elle m’a également dit en substance : « Pourquoi est-ce que tu me racontais des choses seulement à moi ? Parce que tu savais que j’étais la seule qui était bien avec toi ? »
La relation est alors devenue faite de périodes de distance puis de rapprochement, suivies à nouveau de tensions, de reproches et de remarques qui me faisaient beaucoup de mal. Avec le temps, je ne me sentais plus en confiance ni en sécurité dans cette amitié. Certaines nuits, je pleurais à cause de nos conflits et de ses paroles.
Au départ, puisque mes fiançailles devaient être une petite cérémonie à la maison, j’avais prévu qu’elle soit pratiquement la seule amie que j’inviterais, tellement nous avions été proches. Mais après tout ce qui s’était passé, j’ai changé d’avis. Je ne voulais plus qu’elle soit présente et je ne me sentais plus à l’aise avec elle.
Malheureusement, le problème ne s’est pas arrêté à ma décision de ne pas l’inviter. Les conflits, les reproches et la pression autour de cette histoire ont énormément affecté mon état psychologique pendant la période où je préparais mes fiançailles, alors que cette période aurait normalement dû être heureuse pour moi.
J’ai traversé une période de très grande détresse. Je ne mangeais presque plus, je ne dormais plus correctement, je me surprenais à parler toute seule et il m’arrivait même d’oublier le nom de certaines personnes. Quelques heures avant mes fiançailles, je suis allée chez la coiffeuse en pleurant et en parlant toute seule. Au lieu de profiter pleinement de cette journée, j’étais psychologiquement épuisée.
Cela reste l’une des périodes les plus difficiles que j’ai vécues.
Je ne sais pas exactement ce qui m’est arrivé psychologiquement à cette époque et je ne veux pas poser moi-même un diagnostic. Ce dont je suis certaine, c’est que cette période m’a profondément marquée.
Cela fait maintenant environ deux ans. Ma vie a continué et beaucoup de choses ont changé. Je suis même heureuse aujourd’hui que cette personne ne fasse plus partie de ma vie et je ne souhaite pas reprendre cette relation.
Pourtant, l’impact de cette période n’a pas complètement disparu. Il m’arrive encore, lorsque je vois par exemple les photos d’une jeune femme heureuse pendant ses fiançailles, de ressentir quelque chose de douloureux. Ce n’est absolument pas parce que son bonheur me dérange. Au contraire. Cela me rappelle simplement une période de ma propre vie que j’aurais aimé vivre dans la joie et la sérénité, mais que j’ai vécue dans un état de détresse.
Ce qui me fait peut-être le plus mal aujourd’hui n’est même plus la fin de cette amitié. C’est d’avoir perdu ma tranquillité et une partie de ma joie pendant une période de ma vie qui ne se reproduira pas.
Et malgré le fait que je sois heureuse que cette relation soit terminée, mon cerveau continue parfois à revenir sur l’histoire. Il cherche à comprendre qui avait tort, qui avait raison, si j’ai moi-même contribué à son changement ou si j’aurais pu agir autrement.
Je me demande parfois si le fait d’être discrète, de ne pas lui raconter les détails intimes de ma relation ou de lui avoir caché certaines stories a pu la blesser et contribuer à son changement. Je peux reconnaître que certains de mes comportements ont éventuellement pu lui donner l’impression que je prenais mes distances. Mais je ne sais pas quelle part cela a réellement jouée dans ce qui s’est passé entre nous.
Aujourd’hui, je ne cherche pas à la faire revenir dans ma vie. Au contraire, je suis en paix avec le fait que cette relation soit terminée. Ce que je voudrais maintenant, c’est réussir à arrêter de rejouer cette histoire dans ma tête, à ne plus chercher constamment une réponse définitive à la question de savoir qui était responsable, et surtout à retrouver ma concentration et ma tranquillité.
Réponse
Bonjour,
Tu sembles avoir pu prendre beaucoup de recul sur cette relation, et c'est tout à ton honneur, surtout après tout ce que tu as traversé. Avoir conscience de ce qu'une personne nous fait ressentir, savoir s'écouter et prendre des décisions en conséquence sont de grandes preuves de ta capacité d'introspection. C'est une qualité précieuse qui te sera sans aucun doute utile tout au long de ta vie.
Lorsque l'on ne se sent plus aligné·e avec une personne, la relation peut en effet devenir très pesante, comme l'atteste ton histoire. Tu parles de périodes de distance, puis de rapprochement, puis à nouveau de tensions, de reproches... et nous sentons bien à travers tes mots combien ce cycle a dû être épuisant. S'ajoutent à cela le manque de confiance et de sécurité dans cette amitié, qui sont pourtant des piliers essentiels dans toute relation saine.
Tu expliques aussi que le fait d’être plus discrète et de ne pas partager certains détails de ta vie a peut-être pu être perçu comme une prise de distance, et impliquer son changement de comportement. Toutefois, dans une amitié, il est important de se sentir libre de partager ce que l'on souhaite ou non, et de pouvoir garder ses limites. D'ailleurs, une relation se construit à deux, et nous ne pouvons pas contrôler la manière dont l’autre choisit de réagir, car cela lui appartient.
C'est aussi ça qui explique que les amitiés peuvent évoluer tout au long d'une vie. Une relation qui nous convenait à un moment donné peut petit à petit changer de dynamique, et ne plus correspondre à ce dont on a besoin, et c'est totalement ok. C'est aussi ce qui fait la singularité des relations humaines : elles évoluent, prennent de la valeur ou alors s'estompent, changent de dynamique… et tout cela construit la personne que l'on est avec nos expériences et nos valeurs.
À cette période, tu as pris certaines décisions parce que tu ne te sentais plus en confiance et que tu avais besoin de retrouver un peu de tranquillité. Ne plus tout raconter, prendre de la distance ou finalement décider de ne pas l’inviter à tes fiançailles semblent avoir été, à ce moment-là, des façons de te protéger et de retrouver un espace dans lequel tu pouvais te sentir mieux. Avec le recul et le temps qui passe, il est possible de se demander si l’on aurait dû agir autrement, mais il est important de se rappeler que tu as pris ces décisions avec ce que tu ressentais et ce que tu savais à ce moment-là !
Finalement, nous comprenons que ce qui reste douloureux aujourd’hui est surtout le souvenir de cette période de tes fiançailles. Tu aurais aimé pouvoir vivre ce moment avec davantage de légèreté et de joie, et il est donc tout à fait compréhensible que certaines images ou émotions puissent encore refaire surface aujourd’hui. Pour autant, le fait que ces souvenirs reviennent parfois ne signifie pas que tu ne parviens pas à aller de l'avant, au contraire. Tu as traversé cette période alors que tu étais dans un état de grande détresse, et malgré cela, tu as continué à avancer dans ta vie et à construire la personne que tu es aujourd’hui. Nous pouvons aussi voir dans ce cheminement une certaine force : tu as réussi à passer une étape importante de ta vie dans un contexte qui était difficile pour toi, et cette expérience t’a notamment permis de mieux comprendre tes limites, ce dont tu as besoin dans une relation et ce que tu ne souhaites plus vivre.
C'est une réaction humaine de ne pas pouvoir simplement mettre une période difficile derrière soi du jour au lendemain. Certains souvenirs peuvent continuer à nous toucher, même lorsque cette période est passée. Peut-être qu'il s'agit aujourd’hui simplement de leur laisser une place, sans leur donner davantage de pouvoir qu’ils n’en ont. Cette période fait partie de ton histoire, mais elle ne définit pas la suite de ta vie. Et tu peux aussi reconnaître tout le chemin parcouru depuis, ainsi que les moments de joie et de sérénité que tu es aujourd’hui en mesure de construire.
Nous espérons sincèrement que ces quelques mots ont pu t'apporter un peu de soutien, et nous restons bien entendu à ton écoute ❤️🩹
Prends bien soin de toi,
L'équipe ontecoute.ch
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