Un chaos s'est formé dans ma tête suite au drame survenu à Crans-Montana
5 janvier 2026
Question (Fille / 2005)
Je me permets d'extérioriser ici le léger chaos qui s'est formé dans ma tête depuis plusieurs mois et qui s'est nettement amplifié suite au drame survenu à Crans-Montana. Je n'ai clairement pas l'habitude d'exprimer mes émotions ainsi, ni même de les exprimer tout court, alors je m'excuse par avance si mon discours est brouillon et/ou trop long.
Depuis l'annonce du drame, je pleure toutes les nuits, je pleure dès les instants où je me retrouve seule. Je n'ai pas de proche touché de près ou de loin, et je ne connais personne d'autre touché de près ou de loin non plus. De ce fait je culpabilise énormément de souffrir à ce point de cette tragédie, je me sens complètement illégitime de m'effondrer ainsi alors que des centaines de personnes ont perdu des proches et des centaines d'autres voient les leurs grièvement blessés. Comme je me sens tellement impuissante, j'ai regroupé et diffusé sur mes réseaux plusieurs plateformes pour faire des dons de sang, de cheveux, etc. et cela a un peu allégé ma peine. Mais cela reste aussi insuffisant.
Mon frère et ma cousine ont la moyenne d'âge des jeunes victimes décédées, et imaginer que cela aurait pu être eux me prend de court et me plonge dans une sensation de malaise constant. Moi-même, je m'imagine à la place de ces jeunes et essaye de me demander comment j'aurais réagi ; aurais-je été décédée ? blessée ? comment aurais-je remonté la pente ?
Je suis de plus complètement choquée de voir des gens qui se permettent de juger la façon dont ces jeunes se sont débrouillés pour faire face à ce drame ; je ne comprends pas comment l'être humain peut être autant méchant à accuser des gens qui, pour certains, ne peuvent même plus se défendre. Oui ils ont filmé, oui ils ont continué de chanter et de danser, oui ils n'ont pas réagi de façon active au moment où tout cela est arrivé, mais qui aurait pu faire mieux qu'eux ? Qui sommes-nous pour juger une situation qui ne nous est jamais arrivée ? Nous avons toutes et tous notre façon de réagir et chacune d'entre elle est 100% légitime. Je suis totalement abasourdie et cela me fend d'autant plus le coeur.
Aussi, la Suisse est un petit pays dans lequel il ne se passe pas grand chose d'intéressant à documenter pour les pays voisins, et voir soudainement le nom de mon pays en boucle sur des chaînes télé telles que BFMTV, CNEWS, BBC, mais aussi tout simplement sur la RTS m'opresse énormément. Voir toutes ces vidéos de la catastrophe sur les réseaux sociaux qui tournent en boucle, découvrir chaque heure les visages des jeunes qui n'ont pas survécu et la multitude d'hommages qui se succèdent me brise le coeur et cela m'angoisse énormément. Mais j'ai envie de continuer à m'informer et à faire tout ce que je peux pour aider, à mon échelle.
Dans une semaine, j'ai mes premiers examens universitaires et cela est déjà tellement anxiogène. J'ai l'impression que quand ce n'est pas les études, c'est Crans-Montana, et quand ce n'est pas Crans-Montana, c'est les études. Je n'arrive pas à décrocher. Je me mets déjà tellement de pression pour mes examens, c'est mon tout premier semestre à l'Université et j'ai tellement envie de bien faire. Aussi j'ai envie de réussir pour tous ces jeunes apprenti-e-s, lycéen-ne-s, étudiant-e-s, collégien-ne-s qui comme moi, avaient des rêves, des objectifs, des formations en cours. Je me dis que je ne dois pas abandonner pour eux, qu'il faut que je réussisse pour eux et que je n'ai pas le droit à l'échec. Je suis déjà de nature très exigeante envers moi-même, mais avec cette tragédie, je le suis devenue encore plus et échouer m'effraie davantage.
Il serait effectivement facile de discuter de tout ça avec un membre de ma famille, un ami ou un proche. Ce n'est pas un sujet tabou dans ma famille et nous nous informons régulièrement des nouvelles concernant Crans-Montana. Et mes parents expriment très bien leur choc et leur tristesse. Moi, je n'y arrive pas et je n'y suis jamais arrivée. Depuis toujours je garde tout pour moi et contrôle toutes mes émotions seule, non pas car elles ne seraient pas bien accueillies par mon entourage (même si j'avoue que j'ai une peur de déranger constante depuis petite), mais car j'ai l'impression de ne juste pas savoir le faire. Et concernant mes amies, je préfère les tenir en-dehors de mes péripéties neuronales.
Alors oui il reste les professionnel-le-s de la santé, et ceux aussi à disposition dans mon Université, mais je n'ai jamais eu le courage de prendre contact avec qui que ce soit, même durant mon adolescence où mes anciennes amies s'inquiétaient pour moi à la suite de mes pensées noires. J'ai toujours laissé passer et accepté cette part de moi, et voir qu'aujourd'hui tout s'emmêle un peu me fait peur. Alors venir déverser ici ce qu'il se passe dans ma tête est déjà un énorme pas pour moi et à nouveau, j'espère ne pas avoir trop déranger.
J'ai toujours été une personne anxieuse et solitaire, cette dernière caractéristique étant encore en cours d'acceptation. Pourtant je me sens très seule depuis toujours et ce sentiment a augmenté depuis quelques mois. Un point cependant me rassure ; je croyais avoir perdu mon empathie et ma compassion pour autrui au fil des années, au final, je pense que je suis plus que jamais habitée par ma sensibilité. Mais est-ce vraiment une bonne chose, dans le fond ?
Mon message étant "public", j'espère qu'il aura pu aider quiconque étant tombé dessus à ne pas se sentir seul-e.
Merci de m'avoir lue et belle journée à vous !
Réponse
Sache d'abord que tu n'as pas à t'excuser, tes mots sont le reflet de ce que tu as besoin d'extérioriser, et nous lisons avec attention ton message qui nous touche énormément. Nous sentons bien le pas que tu as fait en écrivant ce que tu ressens, chose qui n'a jamais été facile pour toi selon ce que tu nous expliques. Exprimer ses émotions et mettre des mots sur ce que tu traverses est déjà une première étape très précieuse dans cette période difficile.
Le drame de Crans-Montana peut engendrer un réel choc émotionnel chez toute personne qui a connaissance de ce qu'il s'est passé, même en n'ayant pas eu de proches directement touché·e·s sur place. Comme tu le dis bien, le simple fait de s'imaginer avoir été sur place, de penser à la tranche d'âge concernée ou encore de visualiser du contenu médiatique à propos de l'incident peut être extrêmement pesant. Tu es donc totalement légitime d'être impactée par l'événement, et tu n'as pas à culpabiliser de ressentir de la souffrance et de l'empathie. Chacun·e réagit à sa manière, avec ses propres émotions, ses propres ressources et son propre rythme. D'ailleurs, ta façon de faire face à l'impuissance que tu ressens est remarquable. Tu as su utiliser tes compétences pour aider durant cette période difficile : la diffusion d'actions pour soutenir les personnes touchées. Cela constitue déjà un soutien très précieux.
Ensuite, comme tu le dis bien, dans un contexte aussi choquant, personne ne peut prétendre savoir comment iel aurait réagi. Les jeunes ont fait de leur mieux avec la disponibilité mentale et les ressources émotionnelles qu’iels avaient sur le moment. Face à un événement aussi bouleversant, les réactions peuvent être instinctives et surtout profondément humaines. C’est pourquoi nous te rejoignons sur le fait qu'il est injuste de porter un jugement sur leurs comportements.
Concernant tes examens universitaires, nous comprenons à quel point cette période est difficile et combien il peut être compliqué de rester concentrée dans un tel contexte. Alors que tu aurais besoin de repos et de temps pour récupérer, tu dois malgré tout continuer à étudier et mobiliser beaucoup d’énergie. Malgré cela, tu montres une grande détermination et une vraie force dans ta manière de tenir bon. Tes mots nous touchent, et cette volonté de réussir aussi pour les autres est une intention sincère. N’oublie toutefois pas que ton parcours t’appartient. Tu as le droit d’écouter tes propres besoins, de respecter tes limites et de ne pas t’oublier dans cette période éprouvante. Pour t'aider à te ressourcer un peu, nous te proposons en lien quelques articles avec des exercices de relaxation.
Finalement, concernant les échanges avec tes proches autour de ce qui s’est passé à Crans-Montana, il est important que tu puisses t’écouter et avancer à ton propre rythme. Les événements sont récents, et chacun·e est libre de choisir quand et s'iel souhaite en parler. Il faut parfois du temps pour mesurer ce qui s’est passé et trouver les mots pour l’exprimer. Une chose est sûre, tu sembles avoir un entourage à l'écoute et si tu te sens prête à en discuter, nous sommes persuadé·e·s qu'iels seront là pour toi.
N'hésite pas à te tourner également vers les professionnel·le·s que tu mentionnes. Tu sembles être bien informée sur les ressources existantes, et tu peux te faire confiance dans les démarches que tu entreprends. Tu dis avoir peur de déranger, mais chercher du soutien, ce n’est pas prendre trop de place : c'est simplement reconnaître que tes besoins comptent et que tu as le droit d’être soutenue.
De notre côté, nous restons à ta disposition si tu souhaites discuter d'autre chose,
Nous te donnons bien du courage dans cette période et prends soin de toi,
L'équipe ontecoute.ch
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