Question (Non binaire / 2007)

Ces derniers temps, j'entends pas mal de trucs au sujet des grands brûlés de Crans-Montana et j'avoue que ça me blesse.
Il y a dans mon entourage proche un grand brûlé qui a subit et des amputations et des greffes de peau, donc c'est visible et j'ai moi-même des cicatrices de brûlures et entendre tous ces gens dirent des choses comme "les grands brûlés qui ont témoignés leur soutient aux victimes auraient pas dû montrer leur corps parce que ça fait peur" ou "est-ce qu'il vaudrait pas mieux les laisser mourir que vivre avec des cicatrices et des amputations ?" me met en colère.

Je suis devenu·e une boule de colère face à tous ces gens qui se limitent aux apparences et aux difficultés sans voir les adaptations et la valeur de la vie. Est-ce qu'ils se rendent compte que les regards sur nos handicaps nous font la vie plus compliquée ? Est-ce qu'ils se rendent compte que la pitié ne va pas rendre le monde accessible ?
Non, ce n'est pas facile d'être brûlé et/ou amputé (handicapé en général), il va falloir faire de la rééducation et il y aura des soins à vie mais ce n'est pas invivable. Et si c'est invivable, ça devrait être le choix de la personne, pas de personnes extérieures.

Je sais que tout ça vient de l'ignorence et des stéréotypes sur le handicap. C'est les mêmes personnes qui voient les fauteuils roulants comme des prisons plutôt que comme un moyen de vivre sa vie et faire de choses qu'on ne pourrait normalement pas faire.
Ça me met quand même en colère et j'ai envie de secouer ces gens parce que leur pitié est ce qui nous empêche d'avancer.
Je ne sais pas comment l'extérioriser sans insulter ces gens et en essayant de leur faire comprendre qu'on s'en fiche si les greffes de peau ça déforme, l'important c'est de stopper la brûlure et leur permettre de continuer à vivre, pas de souffrir (parce que le 3e degré, selon la profondeur, ça fait extrêmement mal).

Aussi. Message pour les gens qui comprennent pas qu'on ne les débranche pas, rappelez-vous, on peut tous devenir handicapé d'un jour à l'autre. Si ça vous arrive, vous serez sûrement très contents d'avoir votre mot à dire dans ce qu'on fait avec votre vie, voire vous profiterez des avancées qu'on aura fait pour mieux traiter certaines pathologies. Alors s'il vous plaît, pensez à vos mots, pensez aux gens qui vont les lire, qui sont peut-être concernés directement ou via un proche et à qui ça va faire mal comme ça me fait mal aujourd'hui.

Réponse

Ton message nous touche beaucoup. La colère et le sentiment d'injustice que tu exprimes sont tout à fait légitimes : ils disent quelque chose de tes valeurs et de ce que tu refuses de voir banaliser. D'autant plus que tu es proche d’une personne grande brûlée et tu portes toi-même des cicatrices de brûlure, ce qui te permet de comprendre avec encore plus de justesse ce que les personnes concernées peuvent ressentir en lisant les discours que tu évoques.

Il est vrai que personne ne devrait avoir à donner son avis sur le chemin de vie qu’une autre personne décide d’emprunter. Après un événement aussi éprouvant que la survie à un incendie, chacun·e fait de son mieux, avec son histoire, ses ressources et sa manière d’avancer. Lorsque quelqu’un se sent épanoui·e dans le chemin qu’iel a choisi, cela ne devrait jamais être remis en question ou jugé.

Pourtant, il se peut aussi que parfois, ces réactions ne soient pas le fruit d’un jugement négatif sur la vie de ces personnes, mais plutôt une tentative (maladroite peut-être) d’exprimer de l’empathie. Ce que nous entendons par là, c’est que certaines personnes essaient simplement de s’imaginer ce que cela doit faire de voir sa vie bouleversée du jour au lendemain. Sans l’avoir vécu, il peut être difficile de trouver les mots justes, et cette inquiétude peut alors se traduire par des remarques ou des questions qui peuvent être ressenties comme intrusives ou blessantes.

À travers tes mots, on sent à quel point ces situations te touchent et alimentent ta colère, et tu te demandes comment l’extérioriser. Une chose est sûre : en écrivant ce message, tu as déjà fait un pas important. Tu as une réelle capacité à mettre des mots sur ce qui te pèse et à transmettre une émotion forte à travers l’écriture. Cette qualité peut devenir une ressource précieuse, que ce soit en verbalisant ton point de vue ou en le partageant autour de toi. Tu portes un message fort pour les personnes concernées, et la colère qui le traverse aujourd’hui n’est ni excessive ni déplacée : elle est une réaction saine face à ce que tu vis et observes. Elle dit quelque chose d’important de tes valeurs et de tes limites. L’enjeu n’est donc pas de l’effacer, mais de trouver des manières de l’exprimer et de la transformer pour qu’elle reste une force plutôt qu’un poids.

Enfin, ta manière de voir les choses montre une grande force intérieure. Lorsque tu dis que ce sont « les mêmes personnes qui voient les fauteuils roulants comme des prisons plutôt que comme des moyens de vivre sa vie et de faire des choses qu’on ne pourrait normalement pas faire », tu montres une capacité rare à déplacer le regard et à redonner du sens à quelque chose qui peut être perçu comme difficile à surmonter. Cette vision témoigne de ta résilience et cela fera beaucoup de bien à des personnes de l'entendre, et nous te remercions vivement d'en avoir fait part.

Ta voix et ta vision des choses méritent d'être entendues et nous sommes persuadé·e·s que ton discours apaisera certains cœurs, que l'on soit directement touché·e par la situation ou non❤️‍🩹

De notre côté, nous restons à ton écoute et te souhaitons de rependre ce beau message d'espoir.

Bien à toi,

L'équipe ontecoute.ch

Dernière modification le 26 janvier 2026

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