Question (Non binaire / 2002)

Bonjour,

J'ai peur que ma mère subisse une situation d'emprise et j'ai besoin d'éclairage.

Depuis le printemps 2025 environ ma mère s'est rapprochée d'une ancienne amie à elle qui a eu des problèmes de santé*. Elle l'aide énormément, au point de faire un travail (non rémunéré) d'assistance presque 24h/24 en dehors de son travail salarié. Elle ne rentrait presque plus chez elle et maintenant elle déménage pour vivre juste à côté de son amie. Petit à petit elle a été beaucoup moins présente pour sa famille et autres ami.es et maintenant annule presque systématiquement des activités prévues ensemble, en se justifiant toujours par rapport à cette amie.

J'ai pu discuter avec d'autres membres de la famille à Noël (qu'on a passé sans elle) et son entourage aussi se pose des questions. Chaque événement individuellement n'est pas forcément problématique mais nos observations mises ensemble ça nous fait un peu peur.

Au delà de ça, ma mère m'a dit que son amie est comme une mentor pour elle et qu'elle est "parfois cash" dans des "avis" qu'elle lui donne, par exemple qu'elle serait une mauvaise mère qui a été trop souvent absente, ce qui n'a pas du tout été le cas ! J'ai aussi eu vent de critiques de son amie envers nous, sa famille. Ma mère a des comportements qui ne lui ressemblent pas : elle a toujours valorisé son indépendance, les fêtes de famille, ne doute habituellement pas d'elle comme ça et n'annulait presque jamais une activité prévue.

J'ai déjà essayé d'aborder le sujet mais elle dit (depuis des mois) que l'état de son amie va bientôt s'améliorer et que tout rentrera dans l'ordre, qu'elle ne se sent forcée de rien est qu'elle est un peu obligée d'agir comme ça (ces deux affirmations paraissent contradictoire mais c'est bien ce qu'elle dit...).

Elle a invité 5 personnes de la famille pour son anniversaire dans un peu plus d'une semaine et ma tante (sa soeur) m'a informé que ma mère pensait également annuler cet événement, par soucis de ne pas risquer de transmettre une éventuelle grippe à son amie. On a l'impression que l'excuse tient peu car 1) elle travaille avec des enfants qui peuvent aussi transmettre des virus, 2) on pourrait respecter les gestes barrière. Je prends un peu mal le fait qu'elle préfère ne plus nous voir plutôt que de ne pas voir son amie pendant 2 jours après (pour éviter le risque de transmission). ça parait pas normal que son amie soit passée après toute autre priorité (vie sociale, familiale, hobbys). On trouve nécessaire de lui parler sérieusement de nos inquiétudes mais j'ai peur qu'elle se braque. Voici mes questions :

- Quelle attitude avoir lorsqu'on lui transmettra nos inquiétudes ?
- Comment trancher si elle est en danger ou non ? Le fait que beaucoup de personnes s'inquiètent sans s'être consultées montre qu'il y a quelque chose mais j'ai peur qu'on se fasse des films.
- Comment réagir si elle annule encore son anniversaire ? On a envie de venir quoi qu'il arrive car on ne l'a pas vue depuis plusieurs semaines mais on ne veut pas faire du forcing, surtout si ça touche à la santé (transmission de grippe...)
- Y a-t-il une ligne d'écoute qui pourrait m'être utile si j'ai besoin de discuter de vive voix de la situation ?

Désolé pour ce très long message et je vous souhaite une belle fin d'année. Merci beaucoup d'avance pour votre réponse.

*je précise que son amie n'est pas en fin de vie, elle a une maladie chronique qui lui donne une grande fatigue et de la peine à gérer son quotidien seule. Elle bénéficie aussi d'un suivi médical.

Réponse

Nous avons lu ton message avec une grande attention. Nous sommes là pour accueillir ton récit et tu n’as pas à t’excuser pour la longueur de ton message. Au contraire, nous apprécions la confiance que tu nous accordes en partageant ton histoire personnelle.

Ton inquiétude est tout à fait compréhensible au vu de ce que tu décris. Chercher un regard extérieur afin de prendre du recul et d’éclairer la situation est une très bonne idée, et montre déjà une démarche réfléchie et protectrice, autant pour toi que pour ta mère.

Premièrement, nous tenons à souligner ta capacité d’observation, ton sens de l’analyse et l’empathie que tu manifestes envers ta maman. Le fait que tu aies déjà essayé d’engager le dialogue avec elle est un pas important. De plus, tu te questionnes sur la manière de bien faire, plutôt que d’imposer ton point de vue, ce qui témoigne d’un réel souci du respect et d’une grande maturité émotionnelle. Cette capacité à te remettre en question, dans une situation qui pourrait en figer plus d’un, montre une lucidité précieuse. Au vu de ce que tu exprimes, nous avons confiance dans ta capacité à traverser cette épreuve avec le plus de sérénité possible.

Ensuite, il nous semble essentiel de dire qu’il n’existe pas de baguette magique face à ce type de situation. En revanche, un premier travail pour y voir plus clair pourrait consister à distinguer ce qui dépend de toi de ce qui ne dépend pas de toi. Tu n’as pas à porter tout le poids de cette situation sur tes épaules, surtout lorsque certains éléments échappent à ton contrôle. Comme le disait Épictète, « parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas ». Une image souvent utilisée pour illustrer cela est celle de la tempête : nous ne contrôlons ni le vent ni la mer, mais nous pouvons choisir comment tenir la barre, ajuster les voiles et décider de notre cap.

Pour te donner un exemple, et d’un point de vue totalement extérieur, ce qui ne dépend pas de toi pourrait concerner par exemple les choix de ta mère, la relation qu’elle entretient avec son amie ou encore l’évolution de la maladie de celle-ci. En revanche, sur quoi tu peux avoir du poids, et que tu sembles déjà bien identifier, concerne ce que tu exprimes, la manière dont tu l'exprimes, les limites que tu poses pour te protéger émotionnellement, ainsi que la façon de rester en lien sans t’épuiser. Il ne s’agit donc pas de culpabiliser face à ce que tu ne maîtrises pas, mais plutôt de réorienter ton énergie vers ce sur quoi tu peux réellement agir.

Concernant tes questions et notamment la crainte de savoir si la situation est dangereuse ou non, il est important pour nous de dire que trancher de manière nette depuis l’extérieur n’est pas tout à fait possible. Toutefois, tu sembles déjà adopter une posture équilibrée. Tu as bien compris qu’il s’agit plus de signaux possibles que de preuves, indiquant qu’une discussion mérite d’avoir lieu. Les éléments que tu relèves, comme l’isolement progressif avec la famille, la rupture avec certaines valeurs importantes ou encore les contradictions dans le discours, sont effectivement des signaux qui, mis ensemble et replacés dans le contexte de ta mère, peuvent justifier une inquiétude et l’envie d’ouvrir un dialogue.

À propos de la manière d’aborder cette discussion, nous pouvons te conseiller d’adopter une posture centrée sur le « je ». Il s’agit d’exprimer ce que la situation te fait à toi, sans accusation directe, en parlant par exemple de ce que tu ressens face à certains événements. Décrire des faits observables, tels que toi tu les perçois, peut aussi permettre de vérifier si vous observez la situation de la même manière, sans entrer dans un rapport de confrontation.

Concernant ta dernière question à ce sujet, si l’anniversaire venait à être annulé, il est tout à fait légitime que tu ressentes de la frustration ou de l’incompréhension. Afin d’éviter que la situation ne se vive de manière tout ou rien, tu pourrais éventuellement proposer une alternative symbolique, comme un appel téléphonique, un message, une carte ou proposer un autre moment partagé en extérieur lorsque cela sera possible. Cela permettrait de maintenir le lien, tout en respectant les limites évoquées, notamment autour de la santé.

Enfin, nous souhaitons attirer ton attention sur un point qui pour nous est essentiel, ta propre protection. Il existe un réel risque de s’épuiser dans ce type de situation, et tu as le droit d’être affecté·e par ce que tu vis ! Tu n’es pas responsable de « sauver » ta mère, même si ton inquiétude est légitime et ton attachement profond. Prendre soin de toi fait pleinement partie de l’équilibre à trouver.

Si tu ressens le besoin de parler de vive voix, tu peux aussi contacter la ligne 143, qui propose une écoute téléphonique et peut constituer un soutien dans les moments où la charge émotionnelle devient trop lourde.

Nous espérons que ce cadre pourra t’aider à y voir plus clair. À travers ton message, nous percevons déjà de nombreuses ressources et une grande capacité de réflexion. N’hésite jamais à nous réécrire si tu ressens le besoin de préciser une situation, de déposer ce que tu traverses ou simplement de vérifier certains repères.

Nous te souhaitons également une belle fin d'année et restons à ton écoute,

L'équipe ontecoute.ch

Dernière modification le 28 décembre 2025

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